#26 Traversée du Pacific (08/04/2015 au 11/05/2015)

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Houlala, ça fait des années que nous n’avons pas mis à jour notre blog … et je me rends compte que dans le récit de nos aventures, nous étions sur le point de partir de Panama pour traverser le Pacifique.

Depuis notre mouillage à Panama city, nous avions cette vue sur les gratte-ciels. Ce mouillage était bien pratique car nous étions proche de la ville afin de ravitailler au maximum avant de nous lancer.

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Une fois prêts, nous avons attendu une fenêtre météo, mais cette dernière n’ai jamais venu, alors, nous avons pris la décision de partir quand même. Nous sommes donc parti de Panama city pour aller à peu près une journee de voile, dans l’idée de trouver un mouillage sauvage et isolé. Avant de partir pour une longue traversée, j’aime bien nous isoler quelques jours, du fracas de la ville et, de la vie à cent à l’heure.

Trouver un mouillage isolé afin de s’acclimater à la solitude qui nous attend.

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Finalement, nous n’étions pas si isolé que cela car l’armée panaméenne était en pleine intervention pour deéchoué un bateau sur une plage de l’ile d’Otaque. Cela leur a pris tout un après-midi, pour finalement voir le bateau au moteur couler à quelques dizaines de mètre de la plage.

Pendant, ce temps, j’étais en train de nettoyer la coque. Si j’arrive à obtenir une coque propre et ainsi gagner en vitesse, ne serait-ce que que 0,1 noeud, ce serait environ 1/2 journée de gagné.

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Une fois la coque impeccable, la météo nous dicte de partir maintenant afin d’avoir du vent pour 1 ou 2 journée seulement. Donc, nous sommes partis le 9 Avril 2015 a 20h30 plein Sud et à toute allure. Ca allait très vite car le courant était favorable en plus du vent portant.

On a croisé la route d’une famille de baleine pilote, ce qui est bon signe, signe que le voyage va bien se passer.

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agrumes, piments

agrumes, piments

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Après 1 ou 2 jours, c’était pétole molle. Pas question d’allumer le moteur au 2ème ou 3ème jour d’une traversée de 30 jours.

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Je me souviens encore de ce moment sans vent. C’était pas si désagréable et pas trop rouleur, juste un léger bercement de houle. On a descendu les voiles histoire qu’elles ne claquent pas, et on a passé une nuit très reposante.

Par contre, quand je relis mon carnet de bord, voici ce que j’ai noté : « 11/04/2015 1325 UTC, Nuit sans vent. Sundy commence à être de mauvaise humeur. Mutinerie proche. »

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Le vent est revenu, mais c’était vraiement léger. Il a fallu tout de même allumer le moteur au régime le plus faible pour avancer un peu. D’après la météo, on devrait galérer  environ 3 jours avant de sortir du poteau noir.

En attendant, on s’amuse comme on peut.

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Les fichiers météo reçus avec la BLU étaient très utiles afin d’établir la stratégie de sortie du poteau noir. Je pense que grâce à elle, nous avons épargné plus d’une journée de galère.

Après une semaine en mer, toujours dans le poteau noir,  voilà que nous nous retrouvons coincés dans un fil de nylon utilisé pour la pêche. Cela ne nous était jamais arrivé, même dans la Manche reputée pour ces nombreux casiers.

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Il a fallu plonger pour enlever ce fil de nylon qui empêchait le bateau de progresser.

Un peu flippant quand même.

Mes notes reportent: « 2 lignes de pêches dont 1 était accrochée dans la quille »

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Quelques heures plutard, ce sont 2 pêcheurs qui nous rejoignent et nous demande … une bouteille d’eau.

Hallucinations ou c’est la réalité ? Nous sommes à environ 250 miles nautiques de toutes côtes entre Ecuador et les Galapagos et ces pêcheurs sont dans une barque avec un hord bord ! Et nous ne voyons aucun navire dans les parages … Ils ont l’air de bien se porter, pas de quoi s’inquiéter.

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1 ou 2 jours plutard, nous franchissons éventuellement l’équateur, à la tombée de la nuit. Nous étions positionnés avec l’appareil photo devant le GPS qui va aficher 0 degré 00.0000 mais soudainement, un poisson mord notre ligne à la traine que nous avions oublié de remonter. On a finalement abandonné la photo du GPS pour nous occuper du poisson qui potentiellement va remplir nos assiettes.

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Une belle Dorade Coryphène, male.

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On a quand même pris une photo du GPS ….

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Ce sera le seul poisson pêché de notre traversée car nous avons gardé un mauvais souvenir en le mangeant. En effet, comme notre frigo était éteint pour économiser de l’énergie, nous avons due l’allumer pour pouvoir conserver le poisson. Par contre, il semblerait que ce n’était pas assez rapide: Le lendemain, lorsque nous en avons mangé, nous avons eu un peu du mal à le digérer … et il commencait à sentir. il a fallu le remettre à la mer, à contre coeur avec le mal au coeur …

Après cette experience, l’estomac s’en souvient, nous n’avions pas vraiment envie de re-pêcher de sitôt.

Et puis la vie a repris son cours, le bateau est sorti du poteau noir sans trop de difficulté, ni de grain. Le vent de Sud-Est a commencé à souffler et c’est là, au Sud Est des Galapagos, que nous sommes montés dans le train des Alysés.

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Au Sud des Galapagos, rebelotte, un fil de nylon pris dans la quille ou le safran. Par contre cette fois-ci, le train ne s’arrêtera pas, nous n’avons pas eu le temps d’affaler les voiles que le cablot en nylon a tout simplement cassé face à l’inertie du voilier …

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Seul cargo en vue durant toute la traversée

Un autre évènement marquant dans notre quotidien répétitif était durant une nuit au Sud des Galapagos lorsque soudain un bruit strident sur la coque me réveille en sursaut. J’ai accouru sur le pont pour voir ce qu’il se passait. Sundy était de veille dans le cockpit mais n’a malheureusement rien vu dans la nuit. Aidé de ma puissante lampe frontale, je n’ai rien vu non plus. J’ai pensé à une carapace de tortue qui aurait frottée le long de notre coque en aluminium, ou bien un de ces cablots en nylon … On ne sera certainement jamais …. En tout cas, c’était une belle frayeur !

Tous les jours depuis notre départ, nous avions un rendez-vous radio animé par un groupe de voileux. On appelle ça un net. C’était tous les jours à la même heure et sur la même fréquence pendant environ 30 min. Chaque jour, un des voileux était volontaire pour être contrôleur du net. Le contrôleur commence toujours le net en diffusant un appel vers ceux qui ont besoin d’aide d’urgence en priorité. Heureusement, c’est pour la plupard du temps un appel sans réponse. Ensuite, le contrôleur émet un appel vers les navigateurs en route. C’est là que nous répondions en donnant le nom de notre voilier. Une fois invité par le contrôleur, nous reportions notre position, notre vitesse, notre cap, la vitesse et la direction du vent ainsi que les conditions à bord. Le net nous permettait ainsi de suivre la progression d’autres voiliers qui ont quasiment les mêmes conditions météo, le même cap et … la même destination que nous. A l’heure des réseaux sociaux sur internet, le net radio nous permettait de socialiser quelques secondes seulement chaque jour. Enfin, le contrôleur cloturait le net en appelant ceux qui étaient au mouillage et qui souhaitaient reporter leur position ou tout simplement dire « hello ».

J’étais impressionné d’entendre si souvent des voiliers reportant du matériel qui casse, des haubans qui cassent, des safrans arrachés, des pilotes automatiques ne barrant pas correctement, etc…

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Il faut dire qu’après les Galapagos, lorsque les Alizés ont commencé à souffler, c’était assez Rock’n Roll à bord. Rien à voir avec notre traversée de l’Atlantique où les vagues était bien sur notre tableau arrière. Pour le Pacifique, nous avions le vent au largue (ou grand largue lorsque nous étions chanceux) bâbord amure. Pas moyen de mettre 2 voiles tanguonnées à l’avant. Les vagues étaient fatigantes aussi car elles nous bousculaient lorsqu’elles arrivaient sur notre bâbord. C’est pour ça qu’il y avait autant de voilier reportant des casses de haubans.

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Le 21 Avril 2015, un oiseau se pose sur notre portique et semble se plaire à voyager sur un voilier.

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Le 23 Avril, l’oiseau est toujours là, donc on a commencé à lui parler et on lui a donné un nom : Pedro.

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C’est fou comment ce qui était si insignifiant à terre peut devenir important après 15 jours en mer. Par contre le problème avec Pedro, c’est qu’il chie partout, surtout sur les panneaux solaire. Donc il fallait nettoyer pour continuer à produire de l’énergie pour les besoins du bord. Et ce, plusieurs fois par jour …

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Comme je commençais à perdre patience à passer mon temps à nettoyer et étant donné qu’il n’avait pas l’intention de nous quitter (nous allions probablement au même endroit que lui), je lui avais monté son propre perchoir loin des panneaux solaire et j’ai réussi à lui faire comprendre d’aller dessus !

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Le 27 Avril 2015, je reporte des vagues de 1,5m à 2m venant de plein Sud (donc arrivant en plein sur le côté bâbord) alors que les jours précédents, mes notes reportent des vagues de 1m voir 1,5m venant du Sud-Est.

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Le 28 Avril 2015, alors que nous sommes au beau milieu du Pacifique, au début de son quart de nuit, Sundy entend un bang assez violent et se rend compte immédiatement qu’un de nos bas hauban, au vent, venait de lâcher. Elle m’appelle en urgence.  Je t’explique pas la dose d’Adrénaline que j’ai pris en observant le bas-hauban libre et branlant juste au dessus du pont sans rien pour le retenir. J’ai peur pour le mat.

En fait, un des 4 bas haubans de notre gréement a son ridoir arraché du pont. Le ridoir s’est ouvert en deux dans sa longueur. Dans notre malheur, je suis heureux que cela s’est produit sur un bas-hauban. Cela serait une tout autre histoire si c’était un des galhaubans, le pataras ou l’étai de l’enrouleur.

Nous avons probablement réduit un peu mais pas complètement à cause d’une mer agitée. Nous avons ensuite sécurisé au mieux le bas haubans avec ce que nous avions sous la main le temps de trouver une solution plus durable car il nous restait encore 12 jours de mer.

Finalement, la solution ne venant pas directement, c’est en essayant de m’assoupir que l’idée est venu.

En fait, à cause de ces vagues arrivant sur notre bâbord, il était important d’avoir un gréement solide sur notre bâbord. En partant de là, j’ai décidé de prendre le ridoir d’un des bas-hauban sous le vent (tribord) afin de remplacer le ridoir défectueux. Ensuite, à l’aide de quelques poulies, de sangles et du hale-bas de grand-voile, j’ai tendu le bas hauban sur le rail de fargue tribord du mieux que j’ai pu. Ça a tenu 12 jours sans soucis. Bon, nous n’avons pas empanné et on s’est arrangé pour arriver à Fatu Hiva sans que nous ayons besoin de faire d’empannage ou quelques manœuvres pouvant solliciter notre gréement rafistolé.

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Notre moyenne journaliere de 150 miles nautiques que nous arrivions à tenir depuis plus d’une semaine est retombé à environ 135 miles nautique …

Pedro est parti le matin après notre avarie sans dire un mot, soit environ 6 jours à bord. J’étais un peu triste de le voir partir et je m’en voulais de le traiter de nom d’oiseau chaque fois qu’il chiait sur les panneaux solaire.

Puis la tension est doucement retombée, et notre régulier quotidien est doucement revenu. Durant la traversée, on s’est fait plaisir avec du Jamon acheté en Espagne une année auparavant.

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Mais quand même, il y avait toujours ces vagues arrivant en plein sur notre bâbord, nous bousculant à nous rendre fou.

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Heureusement que Sundy avait assez de force et de courage pour nous remonter le moral avec sa bonne cuisine :

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Les tâches quotidiennes des longues traversée remplissaient nos journées. Nettoyer le pont des poissons volant atterrissant la nuit et séchant la journée, nettoyer les merdissures de Pedro survolant de temps a autre le voilier à la recherche de poisson frais, le net, dormir, manger, surveiller le gréement courant et dormant, régler de temps en temps les voiles ou le régulateur d’allure, faire le point, ….

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Et puis j’ai eu la fabuleuse idée d’apprendre sérieusement le C++. J’ai eu le temps de lire la bible du C++, un langage informatique que je connaissais mais que je ne maîtrisais pas.

En effet, depuis le début de notre voyage en 2013, je m’amuse à faire de l’électronique. Je construis des systèmes pour le voilier et je suis devenu ,par ce biais, passionné avec plein d’idées en tête. Le C++ est devenu un langage informatique incontournable pour mon intérêt.
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Alors tous les jours, j’ai passé des heures à programmer dans le cockpit lorsque les conditions le permettaient. Qui l’aurait cru ?

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Pendant ce temps là, Arbutus traçait son chemin vers des îles paradisiaques, préservées de l’urbanisme, mais pas complètement de notre monde. Ils sont tout même bien à  l’écart. Quand tu regardes sur une carte où se trouve les Marquises, ils sont très loin des mégalopoles. Le ravitaillement dans ces îles se fait depuis  Tahiti une fois par mois si l’Aranui, le cargo qui ravitaille, n’est pas en grève ! Très peu de touristes se rendent au Marquises car là bas, il n’y a pas d’aéroport international et d’ailleurs ils n’en veulent pas ! On nous a dit que c’est le paradis, les gens sont chaleureux et généreux, les îles sont superbes et sauvages et que rien de ce que nous avons vu jusqu’à présent ne vaut les Marquises. On a du mal à le croire mais on veux y aller car finalement on y croit un peu.

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Et finalement un beau matin, après 32 jours de mer, quelqu’un a crié Terre ! La terre, les arbres, les fruits, les cascades, le paradis qu’on nous a conté se trouve juste là, à quelques heures de nav …

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On s’imagine déjà poser pied à terre, parler à des gens, manger des produits frais et dormir dans un voilier au calme …

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En passant le Sud de Fatu Hiva, une famille de dauphin nous accueille et on peut apercevoir les premières cascades tombant des falaises vertigineuses entourant l’île de Fatu Hiva.

Une fois sous le vent de l’île, il est temps de mettre en route le moteur. Comme les dauphins sont encore autour, je décide de me jeter à l’eau pour inspecter l’état de la coque, de l’hélice et de la prise d’eau de mer qui sert à refroidir le moteur. Je me rend compte que notre coque est pleine de pousse-pieds ralentissant sérieusement le voilier. Tout le reste est en ordre et le moteur démarre presque au quart de tour.

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C’est dans le fameux mouillage de la baie des Vierges que nous allons illégalement mouiller (La baie des Vierges n’étant pas un port d’entré officiel permettant d’accomplir nos formalités, nous sommes donc hors la loi). Quelques voiliers sont déjà là. Nous sommes impatients de les rencontrer.

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Mais d’abord, c’est en direction du village que nous nous dirigeons en premier afin de complimenter les habitants de la beauté de leur île et aussi pour leur demander l’orientation.

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Apres cette traversée, on regarde notre voilier avec du respect sachant ce qu’il a enduré et avec de la reconnaissance pour nous avoir emmener dans ce paradis.

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9 thoughts on “#26 Traversée du Pacific (08/04/2015 au 11/05/2015)

  1. marceaux francois on

    bonjour vous avez beaucoup de chance ,et de courage tres beau recit profitè au mieux

  2. vous nous faites voyager..quelle expédition..merveilleuse..et pleine de rebondissements..je pense à vous bises

  3. Georges on

    MERCI ! Quel enchantement ! C’est aussi bien que du Stevenson ce récit de voyage !

    • Tu parles de Stevenson, j’y suis presque ! En tout cas, je suis content que tu me lises Georges ! Je ferai plus attention aux fautes la prochaine fois … Mais même en relisant encore et encore, j’arrive toujours à trouver à peu près 2 fautes par ligne …
      Bonne année !

  4. Rosie Paine on

    Wow what a trip, loved reading your post and it brought back lots of memories from when Stuart and I did the Atlantic crossing on Miss Molly :)
    Hope you are both well xx

  5. Chris on

    Amazing. I truly admire you two. I remember when Paul began sharing his idea about buying a boat and sailing around the world, one day while we were out climbing in Squamish. I can only imagine how incredible it must feel to accomplish such a feat. Merci beaucoup Sundy for taking the time to share your adventures. My best to you and Paul… looking forward to catching up with both of you one day. I think the last time we hung out was at a cafe in Paris for drinks ages ago. Next time you see us we have a new member of our family to introduce you to.. our little man Jasper, just hit 4.5 months and is looking forward to a lifetime full of adventures.

    All the best, Chris Siobhan & Jasper

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